Méthodologie

Trois dangereux écueils

La dissonance cognitive

Quel est l'état de celui qui n'a jamais rien appris ? L'ignorance, êtes-vous tenté( e) de répondre. Et si vous définissez le terme par le fait de ne pas connaître ce que les experts pensent d'un sujet vous avez probablement raison. Pour autant, vous remarquerez que nous avons pour la plupart un avis sur tout, y compris des domaines qui nous sont étrangers. Parce que même privés de connaissances, nous avons des représentations, nous « croyons que... ». Il nous est très difficile d'accepter de ne rien savoir d'un sujet, alors nous faisons ce que font les bébés dès leurs premières heures, nous échafaudons des représentations provisoires – de secours- des hypothèses sur le monde. Rappelez-vous celles qui circulaient sur la conception des bébés dans vos premières classes et vous aurez une idée de l'infinie imagination de l'être humain face à un mystère qui le dépasse...

Que se passe-t-il lorsque cette représentation naïve – au sens de « première », » non scientifique », est confrontée à celle d'un expert, validée par la communauté scientifique ? Dans un monde parfait la première laisserait la place à la seconde. Mais la première nous est propre, nous l'avons forgée avec notre observation, elle nous a demandé du temps pour l'élaborer, nous en sommes fiers, consciemment ou non. Si notre soif de la vérité ou de la reconnaissance que confère la maîtrise d'une connaissance officielle est suffisante, nous accepterons pourtant d'en faire le deuil, pour entrer dans un nouveau cercle – celui de ceux qui savent « vraiment ». Mais si cette première représentation est trop liée à notre identité, si notre moi est trop fragile pour s'en séparer, alors nous allons nous y accrocher : c'est le processus de dissociation cognitive. Notre cerveau n'arrive pas intégrer une donnée qui entre en conflit avec son mode de fonctionnement habituel – et vous avez sans doute rencontré des élèves qui avaient appris un processus d'une certaines manière, en mathématiques par exemple, et résistaient à la nouvelle façon de procéder d'un autre enseignant...Alors certains d'entre nous essaient, font semblant...Puis retournent à leur réflexe premier parce que le changement est trop épuisant...

Le problème n'est donc pas que nous ne savons pas, c'est que nous croyons savoir. Chaque connaissance nouvelle doit s'intégrer à notre idée du monde et de son fonctionnement et elle est parfois tellement éloignée ou contradictoire que nous n'arrivons pas à la faire nôtre, d'où la plus grande efficacité de l'apprentissage amenant l'apprenant à découvrir par lui-même, puisque de la sorte la blessure narcissique –« je croyais n'importe quoi » – est moins profonde, puisqu'il a le sentiment que la transformation de sa représentation est de son fait..

A chaque fois que ce que l'on vous apprend contredit ce que vous pensiez auparavant, vous devez repérer ce point conflictuel, le développer, mettre en regard les éléments – et non refouler la première façon de voir– pour mieux comprendre en quoi la représentation naïve dysfonctionne. Il s'agira de vous convaincre, vous-mêmes, du bien fondé de cette connaissance, quitte à demander à l'enseignant de vous aider à déconstruire la représentation antérieure. Sans ce travail conscient vous prenez le risque de retourner à vos premières idées, sans même vous en rendre compte.

La dissonance cognitive

Le plus grand ennemi : la surcharge cognitive

Rappelez-vous quand, jeune enfant, vous n'arriviez pas à suivre les conversations des adultes, rappelez-vous ces premières années d'apprentissage d'une langue étrangère où, à l'exception des phrases courtes au vocabulaire simple, l'audition ou la lecture de cette langue tournait à la bouillie verbale incompréhensible.

Aujourd'hui, pourtant vous êtes le plus souvent capable de comprendre globalement, sinon en détails, ce que vous entendez et lisez. Un ou plusieurs mots peuvent vous être inconnus, mais vous en déduisez le sens d'après le contexte . Pourquoi cela ne se passait-il pas ainsi alors ? Parce que la somme de ce qui vous était inconnu dans le discours surpassait celle des éléments déjà compris et intégrés. C'est ce phénomène que l'on appelle la surcharge cognitive : le cerveau n'arrive plus à traiter l'information, ne peut plus proposer d'hypothèses interprétatives, parce qu'il n'a pas la maîtrise d'un nombre suffisant d'informations.

Or, ce phénomène se produit régulièrement lorsque l'on poursuit des études, pour peu que l'on change de filière ou que l'on ait des lacunes.

Si les catégories grammaticales de la langue française vous sont inconnues, vous prenez le risque de n'avoir qu'une connaissance intuitive et de cette langue et des autres.

Si vous cumulez un vocabulaire pauvre et une maîtrise approximative de la grammaire du niveau du collège, votre pratique de la langue vivante étrangère a peu de chance de s'améliorer à l'université. A moins bien sûr que vous ne fassiez le nécessaire travail de consolidation de ces bases, pour faire en sorte que les nouvelles informations que vous donnera l'enseignant puissent s'intégrer à un ensemble de connaissances solides. Il en va de même en français, y compris si vous pratiquez cette langue depuis l'enfance : le vocabulaire s'enrichit à tout âge...

Votre domaine d'études comporte très probablement des termes techniques qui permettent de désigner précisément un élément complexe : si vous n'apprenez pas ces termes de façon systématique – en en maîtrisant sens, orthographe et conditions d'utilisation – vous prenez le risque de ne plus comprendre le cours passés quelques semestres.

Autre écueil : lorsque l'enseignant fait cours, si la surcharge cognitive survient vous risquez de ne pas pouvoir suivre, comprendre, prendre des notes. Renseignez-vous sur le sujet qui sera traité avant d'assister au cours. Cela vous laisse le temps de chercher des définitions.

Vous devez refuser la compréhension approximative du cours, parce qu'il est l'élément de base de vos études.

La surcharge cognitive

Les « mauvaises fréquentations »

Vous connaissez le proverbe « Qui se ressemble s'assemble ». Comment espérez-vous intégrer de nouvelles connaissances si vous les cantonnez à vos heures de cours ou à vos révisions solitaires ? C'est par le langage que nous développons notre pensée – d'où l'importance de disposer d'un vocabulaire élargi parce qu'il nous permet de penser, ce qui est très difficile lorsque les mots nous manquent. C'est parce que nous mettons des mots sur ce que nous pensons que nous pouvons réfléchir. Lorsque vous parlez du cours à quelqu'un –pour lui poser une question, pour y répondre, pour lui faire connaître ce que vous faites– vous vous obligez à utiliser vos connaissances, à les organiser, à les affiner : ce faisant vous êtes engagé dans le processus d'apprentissage et cela vous permet de repérer ce qui vous échappe ou au contraire de trouver des explications. Vous réfléchissez à ce que vous apprenez, à quoi cela sert, à la façon de l'apprendre. C'est une étape primordiale de l'appropriation des connaissances – l'exercice en fait aussi partie pour la même raison, parce que, dans le meilleur des cas, il vous fait utiliser les connaissances. Si aucun de vos amis ne fait les mêmes études que vous ou ne s'intéresse à ce que vous faites, si vous n'avez jamais l'occasion d'échanger – avec un enseignant, un proche– sur vos cours, vous vous privez de l'aide précieuse que permet la reformulation. Il ne s'agit pas de rayer vos amis de votre vie, mais de faire en sorte que vos études en fassent vraiment partie. La dernière fréquentation problématique peut être vous-mêmes. Nous reviendrons – voir ces encombrants fantômes- sur les freins psychologiques qui peuvent entraver votre réussite. Mais de façon plus évidente, votre forme, physique et psychologique est déterminante. Pratiquer une activité sportive régulière sans excès, améliore le fonctionnement de votre cerveau et votre capacité à apprendre. Être déprimé au contraire bloque les capacités cognitives. Les études ne sont pas une course de vitesse mais un marathon qui peut et doit vous former pour votre vie d'adulte, y compris en ce qui concerne son hygiène : prendre soin de son corps en l'exerçant régulièrement, conjuguer harmonieusement vie professionnelle/études et vie sociale mais aussi votre ambition sur le long terme et votre qualité de vie dans l'immédiat sont des attitudes complexes à mettre en place. N'ayant, pour la plupart, pas encore de responsabilités familiales vous avez l'occasion de déterminer librement ce qui compte à vos yeux, quels sacrifices vous êtes prêts à consentir, quelles lignes vous refusez de franchir : à condition toutefois que vous acceptiez d'examiner consciemment et sérieusement ces points.

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